La France a dépensé 5,856 milliards d’euros en jeux vidéo et matériel en 2026, soit une hausse de 2,9 % par rapport à l’année précédente, et le pays tient enfin son propre Jeu de l’année. Clair Obscur: Expedition 33, conçu par un studio montpelliérain d’une trentaine de personnes, est reparti des Game Awards avec neuf trophées et un score utilisateur Metacritic que jamais aucun titre n’avait atteint auparavant. Dans le même temps, Mario Kart World et la Switch 2 ont réécrit les classements hebdomadaires des ventes à partir de juin, et EA Sports FC 26 a continué à faire ce qu’EA Sports FC a toujours fait en France : trôner en tête.
Si vous voulez comprendre ce que les joueurs français achètent, regardent en streaming et débattent sur Discord en 2026, le paysage ressemble bien moins à une monoculture Ubisoft qu’il y a cinq ans. Il y a davantage de variété en haut des classements, davantage de studios français dans la conversation, et un marché mobile qui génère discrètement plus de revenus que les ventes de jeux physiques.
Le marché français du jeu vidéo en 2026 en chiffres
Le rapport annuel du SELL est le document que chaque éditeur français actualise à la seconde où il paraît, et l’édition 2026 a récompensé l’attente. Les ventes de matériel sont passées de 1,46 milliard à 1,58 milliard d’euros, en grande partie grâce au lancement de la Switch 2. Les contenus de jeux mobiles ont atteint 2,26 milliards d’euros, contre 2,06 milliards, devenant officiellement la plus grosse part du gâteau. Les ventes de jeux en France se sont maintenues à 1,104 milliard d’euros, tandis que les abonnements en ligne ont plus que doublé, passant de 155 millions à 343 millions d’euros, alors que le Game Pass et les formules PS Plus continuent de faire sortir les cartes bancaires.
En clair : le marché du jeu vidéo en France n’est plus une histoire centrée sur la console. Le mobile est le géant discret, les consoles font les gros titres, et les abonnements constituent le poste qui progresse le plus vite. Les copies physiques comptent encore pour les collectionneurs et les familles, mais le centre de gravité s’est clairement déplacé.
EA Sports FC 26 et la religion du football à la française

EA Sports FC 26 est le jeu vidéo le plus vendu en France en 2026, et la course n’est même pas serrée. Le suivi du SELL a enregistré 1,3 million d’unités de console vendues et 87,49 millions d’euros de chiffre d’affaires, EA Sports FC 25 s’accrochant à la deuxième place avec 542 158 unités. Deux jeux issus de la lignée FIFA dans le top cinq en disent long sur ce que priorise la base des joueurs français : un rituel annuel, des clubs de Ligue 1 rendus correctement et des lobbies Ultimate Team remplis d’amis.
Les changements de gameplay dans FC 26 sont mesurés. La profondeur du mode Carrière est meilleure, l’IA défensive lit enfin les passes en profondeur comme il se doit, et le pipeline d’animation paraît plus net sur PS5 Pro. Rien de tout cela ne compte autant que la tradition. En France, le réalisme sportif reste le passe-temps vidéoludique par défaut, et les chiffres ne mentent pas.
Mario Kart World, la Switch 2 et le retour en force de Nintendo en France

Nintendo a vécu l’année que tous les autres détenteurs de plateformes voulaient. La Switch 2 est sortie en juin 2026 et Mario Kart World s’est installé en tête des classements hebdomadaires français presque immédiatement. Un Mario Kart en monde ouvert, sur le papier, était un pari. En pratique, c’est la raison pour laquelle la moitié des foyers français ont justifié le prix de 469 euros de la console. Les rééditions de Zelda, les relances d’Animal Crossing et l’indémodable Mario Kart 8 Deluxe sur la Switch originale ont tous surfé sur la même vague. La Nintendo Switch reste la famille de consoles la plus vendue en France, et la Switch 2 a étendu cette avance en 2026 sans rival sérieux.
Ubisoft, Assassin’s Creed Shadows et l’avantage du terrain parisien

Assassin’s Creed Shadows a été le nouveau jeu le plus vendu en Europe en 2026, exactement ce dont Ubisoft avait besoin après une année 2024 compliquée. Développé par Ubisoft Québec avec un appui massif de la maison mère parisienne, le cadre du Japon féodal a redonné à la série une raison d’exister. Des protagonistes doubles, une vraie mécanique d’infiltration qui sanctionne les joueurs paresseux et des combats à l’épée qui ont enfin du poids en font la meilleure grande narration qu’Ubisoft ait sortie depuis Origins.
Ubisoft reste le vaisseau amiral du jeu vidéo made in France. Assassin’s Creed a dépassé les 155 millions d’unités cumulées, Just Dance dépasse les 80 millions, et Far Cry continue d’alimenter le calendrier annuel. Paris compte toujours. Lyon, où vivent Ubisoft Annecy et d’autres développeurs respectés, compte encore plus que ce que l’on imagine de l’extérieur.
Clair Obscur: Expedition 33 et l’année où les indés français ont pris le pouvoir

L’histoire de l’année n’est pas un blockbuster. C’est Sandfall Interactive, un studio montpelliérain inconnu hors du secteur en avril, qui a transformé Clair Obscur: Expedition 33 en succès à 5 millions d’exemplaires dès octobre, remportant neuf Game Awards dont celui du Jeu de l’année et récoltant une mention personnelle du président Macron au moment du premier million. Le ministère de la Culture a fait chevalier les développeurs principaux dans l’Ordre des Arts et des Lettres en février 2026. Ce n’est pas une distinction qu’un studio français reçoit pour avoir livré un RPG correct. C’est l’État qui dit : il s’est passé là un moment national.
Le jeu lui-même est un RPG au tour par tour avec des timings d’esquive et de parade en temps réel, une direction artistique picturale qui évoque un rêve fiévreux de la Belle Époque, et une bande-son que les gens joueront encore au piano dans dix ans. C’est la preuve la plus claire à ce jour que de nombreux studios français peuvent rivaliser au sommet de la conversation AAA sans copier les formules AAA.
La scène plus large du jeu vidéo français : Quantic Dream, Arkane, Don’t Nod

Quantic Dream, le studio parisien derrière Heavy Rain et Detroit: Become Human, est en plein dans Star Wars Eclipse avec l’argent de NetEase dans le dos. Leur style de drame interactif et de conception narrative reste la référence absolue pour les grandes aventures narratives où les choix infléchissent véritablement l’histoire. Arkane Studios, à Lyon, l’équipe de Dishonored, a passé l’année à se réorganiser après Redfall et reviendrait, selon les rumeurs, sur le terrain de l’immersive sim, là où elle est à sa place. Dontnod Entertainment, désormais officiellement Don’t Nod, a publié Lost Records: Bloom & Rage en deux volets au printemps 2026 et a continué d’éditer des titres tiers durant la seconde moitié de l’année. Entre ces quatre studios et Sandfall, les développeurs français ont connu une meilleure année 2026 que n’importe quelle autre depuis le milieu des années 2010.
Les jeux mobiles qui alimentent la plus grosse part des revenus en France
Les jeux mobiles ont généré 2,26 milliards d’euros en France en 2026, soit plus que toutes les sorties de consoles physiques et numériques réunies. Les suspects habituels dominent toujours : Candy Crush Saga, Royal Match, Brawl Stars, Monopoly Go et les piliers stratégiques de Supercell. Clash of Clans, en particulier, refuse de vieillir. Le builder de village de Supercell attire encore environ 98 millions de joueurs actifs par mois dans le monde et a généré près de 254 millions de dollars de revenus en 2026, dix ans après son lancement. En France, il se loge confortablement en haut du tableau des jeux de stratégie mobile, et les ligues de Guerres de Clans sont remplies de clans francophones qui grattent des trophées en Ligue des Légendes à deux heures du matin.
Les joueurs au sommet des échelles françaises ne sont pas tous arrivés là de façon organique. Maximiser un hôtel de ville prend des années, et certains raccourcissent la montée en achetant un compte Clash of Clans sur des places de marché comme igitems, ce qui explique une bonne partie des rush HDV 16 que l’on voit en matchmaking de guerre. C’est une option pragmatique pour les joueurs qui veulent les casse-têtes de design de base en fin de partie sans les 18 mois de montée en puissance.
Esport, League of Legends et le pouls compétitif

L’esport français en 2026 tourne toujours autour de League of Legends, Valorant et Rocket League, avec Karmine Corp en joyau de la couronne après son parcours en LEC et ses apparitions internationales. Call of Duty, Dota 2, les streams de roleplay sur GTA V et Fortnite Creative continuent d’attirer des audiences françaises massives sur Twitch, tandis que les diffusions événementielles de Gotaga, Kameto et Squeezie dépassent régulièrement les audiences de prime time à la télé. La scène multijoueur compétitive n’est pas seulement populaire en France. C’est devenu une institution culturelle à ce stade, et les éditeurs savent qu’il faut miser sur la localisation et les diffusions en français s’ils veulent s’implanter à l’échelle régionale.

